Lettre aux parlementaires: pour une formation des enseignants de haut niveau dans des IUFM rénovés


Voir le texte de la pétition   -   Voir les signataires


Paris, le 4 Juillet 2008

Madame ou Monsieur le Député,
Madame ou Monsieur le Sénateur,

A l’initiative de quelques universitaires et d’une jeune enseignante, a été lancé un appel « pour une formation des enseignants de haut niveau dans des IUFM rénovés ».

Cet appel compte plus de 4000 signatures, dont de nombreuses signatures d’universitaires ou de chercheurs, d’anciens recteurs et inspecteurs d’académie (Philippe Joutard, Claude Pair, Jean Gallot,…), d’inspecteurs et chefs d’établissements, de personnalités responsables d’associations (FCPE, Ligue de l’enseignement, GFEN, AFEV, CRAP, cahiers pédagogiques, café pédagogique…), de personnalités du monde de la culture, de présidents de syndicats de lycées (UNL) et étudiants (UNEF), de secrétaires généraux de syndicats (SGEN, FERC- Sup-CGT, FSU et syndicats de la FSU), d’élus et de responsables politiques. S’ajoutent à cette liste de jeunes collègues qui sortent des IUFM et qui ont tenu à dire que la formation en IUFM est certes perfectible mais que sans elle, ils ne peuvent développer les compétences professionnelles nécessaires à l’exercice du métier. De nombreux formateurs à temps plein, associés et maîtres formateurs, ainsi que des enseignants de tous niveaux signent.

Le succès de cet appel, les votes de motions dans les IUFM et les universités, les diverses initiatives dans les IUFM, traduisent un réel émoi de la communauté éducative face aux annonces sur la « mastérisation » des enseignants et la disparition possible des IUFM. Les informations qui ont été communiquées lors du Conseil des Ministres du 2 Juillet confirment la volonté du gouvernement de mettre en œuvre cette réforme dans la précipitation absolue, ce qui ne manquerait pas d’engendrer des conséquences désastreuses.

La « mastérisation » prévue avec une formation professionnelle centrée sur le compagnonnage n’est pas une amélioration de la formation. De plus, les contenus des concours qui doivent être revus pendant l’été (selon une logique de réduction des coûts), détermineraient directement les contenus de master. Cette situation, inédite dans l’Université, mise en place de manière précipitée, alors que le Président du Comité de suivi Master est en charge d’une mission sur les Masters qui doit être rendue en septembre, ne peut qu’inquiéter sur la qualité de tels masters. Cette situation place les étudiants qui souhaitent préparer les concours une grave incertitude : ils devraient choisir un master pour s'y inscrire dès la rentrée 2008 alors que la maquette des concours ne serait pas définie avant la fin du mois de juillet, et que pour nombre d’entre eux il n’existe pas aujourd’hui de masters adaptés permettant de poursuivre après leur licence (PLP et PE notamment). De plus, elle va priver nombre d’entre eux d’accès à l’emploi, puisque la mise sur le terrain à temps plein des lauréats du concours 2010 va conduire à une économie de l’ordre de 14 000 postes.

De plus, en fixant l’échéance de 2010 pour ces nouveaux concours et en demandant aux universités de monter des masters rapidement (cf. la lettre de Darcos à la CDIUFM « je demande aux Universités et IUFM de faire rapidement des propositions dans le cadre de l’autonomie »), le gouvernement fait le choix de la concurrence entre IUFM, entre IUFM et universités, entre universités elles-mêmes. En ne prévoyant ni aides, ni pré-recrutement, le gouvernement écarterait de l’accès aux fonctions d’enseignants de nombreux jeunes, issus notamment des milieux défavorisés, alors que diversité sociologique des enseignants est indispensable pour que l’Ecole reste en phase avec la Société.

Sous la pression et dans une atmosphère de grande fébrilité, des universités se mettent à préparer de nouveaux masters censés être opérationnels dès la rentrée. Cela risque d’engendrer de fait une multitude de masters « liés » aux concours d’enseignants, très différenciés dans leurs contenus et leurs modes d’organisation. Il y a risque d’une hiérarchie entre masters, d’inadéquation aux nécessités de la formation professionnelle, inégalités au sein des universités et sur le territoire. Un cadrage national s’impose.

Enseigner est une profession à haute responsabilité qui doit bénéficier d’une reconnaissance sociale et salariale à la hauteur des enjeux. C’est de la formation des enfants qu’il s’agit. C’est l’avenir de l’Ecole qui est en jeu. Une formation professionnelle pour les enseignants de tous niveaux est nécessaire. C’est pourquoi nous avons appelé à organiser des Etats généraux de la formation dès la rentrée, en relation étroite avec les organisations syndicales et associations.

C’est pourquoi nous nous adressons à vous pour que vous souteniez notre initiative, et que vous interveniez au Parlement et auprès des ministres pour que cette importante question ne soit pas réglée cet été dans la précipitation et en l’absence des collègues, des parents et des jeunes concernés.

Veuillez croire, Madame ou Monsieur le député, Madame ou Monsieur le Sénateur, à notre considération distinguée.

Pour les initiateurs de l’appel:
Yves Jean (Professeur à l’Université de Poitiers),
Michelle Lauton (Maître de Conférences à Paris Sud-11),
Philippe Meirieu (Professeur à l’Université Lyon 2),
François Poirier (Professeur à l’Université Paris 13),
Claire Pontais (enseignante à l’IUFM de Basse Normandie – Université de Caen,
Maeliss Rousseau (PE2 à l’IUFM de Lyon)


Je signe !