États Généraux de la formation des enseignants: les contributions...

Pour une formation (inter)disciplinaire aux fondamentaux des sciences humaines et sociales (SHS)

Martine Boudet, professeure agrégée de Lettres Modernes (Académie de Toulouse)

Cette contribution aux Etats généraux des IUFM est d’ordre programmatique: quels contenus mastériser en termes de formation des maîtres, en relation avec quelle politique éducative renouvelée?
Le moment semble venu de refonder une didactique générale et (inter)disciplinaire qui, outre les savoirs disciplinaires, parte des acquis des Sciences humaines et sociales, des sciences de l’éducation et du langage, de l'anthropologie culturelle… Il y a là une réponse nécessaire à l’implantation de la dite "économie de la connaissance", qui sollicite surtout, pour les besoins des marchés, des sciences complémentaires, celles de la nature et des technologies, entre autres disciplines.
La rééquilibration des humanités à dispenser à l’Ecole s’explique également par la nécessité de pondérer en aval les effets du mode de développement précité sur les mentalités et les modes culturels, ceux de la jeunesse en tout premier lieu. Ces effets sont doubles : en négatif, les déséquilibres éducatifs, issus de l’instrumentalisation des sciences et des techniques et de la marginalisation proportionnelle du champ disciplinaire des SHS et humanités, sont à l’origine de la perte de repères, de valeurs, de référents patrimoniaux et symboliques. L’édification d’une société des médias induit aussi la pratique d’une inter-subjectivité généralisée, de l’interculturalité sous toutes ses formes (ethnique, générique, générationnelle, socio-économique….) : celle-ci, vécue souvent de manière spontanée et informelle, doit devenir l’objet d’une recherche-formation à caractère didactique. L’objectif est, de par la transmission d’universaux incontestables, d’accompagner voire de guider les évolutions sociétales et républicaines : parité homme-femme, diversité culturelle, construction européenne, décentralisation régionale et dialogue inter-régional…
Enfin, cette orientation est légitimée au regard de la condition enseignante elle-même : dans le contexte socio-culturel précité, la complexification du métier d’enseignant s’est accompagnée d’une dégradation certaine des conditions de son exercice. Soumis par sa nature de fonctionnaire aux contraintes hiérarchiques et subissant par ailleurs les pressions démultipliées et croissantes du terrain juvénile et parental, le professeur doit pouvoir trouver dans la formation initiale et continuée les ressources théoriques, méthodologiques et philosophiques d’un exercice plein et entier, condition de son rayonnement voire tout simplement du maintien à terme de son intégrité socio-professionnelle.

Descriptif scientifique
Dans cette perspective, il s’agit d’articuler les différents domaines de recherche-formation, relevant des SHS (anthropologie culturelle, sciences de l’éducation et du langage …) et de favoriser la transposition didactique d’outils notionnels et méthodologiques minimaux et fiables (ou fondamentaux). Si leur transmission intéresse a priori tous les secteurs, elle concerne plus précisément l’enseignement du français, discipline fondamentale à réhabiliter dans le champ général des disciplines littéraires, philosophique, socio-économique, artistiques et linguistiques…
L’objectif est, comme écrit précédemment, d’éduquer à la (re)construction de repères et de valeurs (éthiques, esthétiques, logiques…), à la gestion conjuguée du patrimoine historique, artistique, littéraire national et des identités culturelles, à une meilleure maîtrise des modes de communication et des codes symboliques véhiculés par les médias…
Ainsi, la loi de réforme de l’enseignement secondaire stipule qu’entre autres piliers du socle commun des connaissances et compétences, soit dispensée une « culture humaniste » ainsi qu’une formation à « l’acquisition de compétences sociales et civiques ». L’application de ce programme nécessite pour les éducateurs de réguler et d’optimiser à l’Ecole l’instance du sujet apprenant. Bilan de la situation et prospectives de recherche-formation peuvent partir en particulier des acquis académiques et institutionnels suivants :
-les travaux sur l’interdisciplinarité commandés par le Ministère de l’Education Nationale et retranscrits dans l’ouvrage collectif Relier les connaissances (direction d’Edgar Morin)
-le rapport sur la situation générale des SHS et des humanités en France et en Europe (Maurice Godelier, 2000)
-le rapport de l’Inspection Générale de l’Education nationale de juillet 2006 intitulé Evaluation des mesures prises pour réévaluer la filière littéraire en lycée qui préconise entre autres la création de dominantes forgées à partir des sciences du langage et des SHS
- les travaux psycho-pédagogiques sur le système éducatif et la place du sujet apprenant dans ce contexte (Meirieu, Lévine, Observatoire national sur la violence à l’Ecole…).
-les travaux socio-anthropologiques sur les problématiques du genre et de la parité
- les travaux sur l’interculturalité prévalant dans les secteurs des régions historiques (parcours roman dans l’Académie), de la Francophonie, des DOM-TOM, des banlieues, de l’espace européen… menés par les spécialistes des sciences de l’éducation, de la didactique du FLE/FLS et des langues-cultures…
-les travaux menés au carrefour des sciences du langage et des autres SHS , à l’origine en particulier du Dictionnaire d’analyse du discours, sous la direction de P. Charaudeau et D.Maingueneau, sur la base des travaux en FLM….

La confrontation de ces différentes expertises permettrait in fine :
- d’établir des passerelles entre orientations de recherche ou savoirs de spécialité parfois séparés par l’usage : didactique/psychopédagogie, SHS/humanités, FLM (Français Langue Maternelle)/FLE( Français Langue Etrangère)/FLS (Français Langue Seconde), sciences du langage/littérature…Ces médiations contribueraient à créer des dénominateurs communs (fondamentaux) au niveau de la transmission d’un enseignement raisonné de la citoyenneté.
- d’apprécier en termes programmatiques la part respective de la formation des maîtres et de celle des apprenants dans ces domaines.

Pour conclure, l’objectif réside dans la construction et la transposition didactique d’outils directement réinvestissables à l’Ecole et qui participent à la formation initiale et continuée des maîtres aux enjeux et fondamentaux des Sciences humaines et sociales et à leur impact au niveau des disciplines et singulièrement des humanités, cela dans le contexte d’une société mondialisée, multiculturelle et médiatisée.

Documentation annexe :
Appel à promouvoir français, humanités et SHS: http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article150
Economie de la connaissance: défense et promotion des SHS et des humanités (ATTAC-FSM) http://fsm-sciences.org/spip.php?article154.
L'économie de la connaissance: quel programme pour Lettres, arts et SHS? www.universite-democratique.org/spip.php?article159
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