États Généraux de la formation des enseignants: les contributions...

Contribution de Thierry Astruc, MCF à l'IUFM de Nice


Pour faire court, la charte relative aux principes n'est pas à mon sens
admissible, ni même amendable en l'état. Elle ne correspond en rien à ce
que j'envisage de la formation professionnelle des enseignants. Je vais
donc m'expliquer.


Préambule :
1) La licence.
La pré-professionnalisation en Licence correspond essentiellement à un
effet d'annonce, sans ne donner aucune obligation aux universités. Les
termes employés (garantir les acquis fondamentaux, renforcer les
compétences, année de consolidation, finalisation du projet d'études)
sont contredit par les exemples et les précisions.
Je vais retenir ici l'aspect facultatif et le manque de fond.

2) Le Master
Alors que la licence est présentée (mais juste présentée) sous la forme
d'un parcours professionnel (conforme certes au LMD, mais nous savons
tous ce qu'il en est réellement), le master est modulaire.
"La mastérisation doit donc se fonder sur le principe de la
capitalisation d'ECTS..."
Inacceptable, inadmissible et contraire à tous les principes que je
défends sur la formation professionnelle des enseignants.

3)
Puisque cette charte se rapporte à des principes, je vais plutôt faire
oeuvre constructive en énonçant les miens.

Développement :

1) Enseigner est un métier qui s'apprend.
Je ne peux concevoir qu'il suffit d'un master quelconque, puis de
réussir à un concours pour se retrouver en pleine responsabilité devant
des élèves. A mon sens, la formation professionnelle est obligatoire.
Je ne comprends pas pourquoi on supprime les écoles professionnelles
(perte de ce statut par les IUFM) qui crée une classe de fonctionnaires
d'Etat sans école d'application.

2) La formation professionnelle des enseignants et des formateurs est un
tout.
Elle doit être réfléchie comme cela. Elle ne peut donc être scindée de
manière modulaire où les impétrants feraient leur marché. Il ne peut y
avoir d'options à foison. Elle doit être réfléchie comme un ensemble, et
obligatoire.
Ces masters ne peuvent être autre chose que spécifiques, même s'il est
parfaitement souhaitable de réfléchir en amont aux passerelles, et aux
autres débouchés éventuels. Ainsi qu'aux liens qui seront fait avec les
masters disciplinaires pour le second degré, puisque la faiblesse du
soutien à la Recherche par les différents gouvernements obligent nombre
de futurs chercheurs à passer le Capes ou l'Agreg, le plus souvent avec
l'assentiment des labos.
Je note au passage que la conception défendue par le charte proposée est
contraire aux notions de parcours du LMD.

3) La partie disciplinaire pour le second degré est spécifique.
Le LMD a aboutit à une parcellisation des connaissances, et les classes
prépas à une vision spécifique des disciplines.
Les années de préparation aux concours ont permis, pratiquement depuis
toujours, d'acquérir une vision globale des disciplines et à un esprit
de synthèse nécessaire au métier d'enseignant.
L'absence de cadrage national des diplômes, notamment en Licence
(accentué par la LRU) et la modularisation qui a été accentuée par le
LMD, font que nos étudiants n'ont plus aucun recul par rapport à leur
discipline.
Si cela est grave, mais visiblement pour certains collègues non
rédhibitoire pour les étudiants qui se destinent à la recherche, il n'en
est pas de même pour nos futurs enseignants.
Je rajouterai que pour la plus grande partie des étudiants qui sortent
de Licence, ils ont suivi les cours et passé les épreuves pour avoir
leur diplôme. Mais pas forcément pour avoir les connaissances qui vont avec.
La réforme du financement des universités et la pression du ministère
ont abouti à une baisse des exigences au niveau des examens pour
continuer à avoir un flux entrant d'étudiants.
Disons pour simplifier que la partie disciplinaire pour le Recherche
demande une spécialisation quand celle pour l'enseignement demande un
élargissement.

4) Les horaires actuels sont justes pour les PE et les PLC.
Actuellement, nos usagers suivent l'équivalent de 1000h sur 2 ans
(disons 500 la première année et il est difficile de faire les comptes
avec les différents stages en deuxième année). Sans garantie de l'Etat,
et pour des raisons d'économie évidentes, ces formations auront un
horaire plus conforme à la moyenne des autres masters. Inadmissible sans
cadrage horaire.

5) La formation des enseignants devrait être la même sur l'ensemble du
territoire.
En l'absence de cadrage, cela semble impossible.
De plus, ce cadrage garantira un niveau minimum (disciplinaire et
formation professionnelle) pour l'ensemble des enseignants qui n'auront
pas ou ne tenteront pas le concours. Je pense bien évidemment à ceux qui
seront recrutés par l'agence national de remplacement.
Mais aussi à ceux qui voudront aller dans un autre pays de la Communauté
Européenne.
Et surtout à ceux qui se destineront à l'enseignement privé. Car avec
les contrats de gré à gré et la baisse du nombre de postes prévisibles
pour le CAFEP, il y a là aussi un énorme risque de désengagement de l'Etat.

6) Sans garantie de l'Etat, il y aura un sévère mise en concurrence des
universités qui n'auront pas d'accord.
Une des conséquences rapide sera, que pour attirer des étudiants,
certaines universités baisseront le niveau de leur Master pour augmenter
leurs effectifs.
Et qu'on ne vienne pas me dire que les étudiants prennent des
renseignements avant de s'inscrire sur les statistiques. Que tout ceux
qui pensent cela viennent enseigner en Licence à l'université.



Conclusion :

Bien sûr, à mon sens, la conclusion est évidente. Report de la réforme
(cette année est catastrophique pour les étudiants inscrits en PE1, PLC1
en même en L3), cadrage horaire, cadrage budgétaire, et cadrage des
contenus sont des incontournables.
En plus de masters spécifiques, fait dans le cadre de structures
académiques.


Je vais terminer par une remarque toute personnelle.

Quelle image donne-t-on à nos usagers quant à un tel niveau
d'impréparation et de manque d'organisation sur une telle réforme
majeure. Comment peut-on leur demander après un quelconque niveau
d'exigence ou d'anticipation dans le cadre de concours de recrutement
dans la fonction publique. Nos dirigeants devraient, à mon sens donner
l'exemple.

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